GUY BÉART

CHANSONS D'OR

Guy Béart est tout-à-fait charmant, mais très sérieux. Il débuta comme ingénieur civil mais, de cœur, il est poète et aspire plutôt aux « choses élevées » qu'il n'est attiré par le côté froid et réaliste de son passé. Il en est de même pour sa résidence actuelle : le Parc de Montretout à Saint-Cloud. Son pavillon, installé dans le style Louis XVI, est abrité derrière une grande porte en fer forgé. Avec son immense lampadaire, il ne peut être que la propriété d'une âme romantique et poétique.
Toutefois, ces deux qualités – le terre-à-terre de l'ingénieur et l'attitude plus détachée du poète – sont toujours en conflit l'une avec l'autre. Il y a une lutte permanente dans les replis de l'âme de Béart.

Je suis allé le voir un jour pour discuter avec lui d'un programme de télévision ; il m'a fait entrer poliment et gentiment dans une pièce peu ordonnée où plusieurs guitares pendaient aux murs et des tas de disques jonchaient le sol. Bach et Basie étaient rangés dans une aimable camaraderie, l'un à côté de l'autre, dans un coin. Béart me servit un whisky d'une main si lourde qu'il me fallut toute la soirée pour en venir à bout. L'alcool montait en nous lorsque Béart s'exclama tout-à-coup : Venez, amusons-nous !.

D'abord, Béart sembla hésitant, incertain, mais soudain, sa table fut jonchée de feuilles recouvertes d'une écriture serrée et je fus frappé de voir qu'il avait consacré une si minutieuse préparation à un travail en cours, alors que si peu d'artistes le font. Guy Béart est un idéaliste, vague, indécis, avec une tête bien organisée, un réaliste pratique.
Comment ? Cela n'existe pas ? Alors, vous ne connaissez pas Guy Béart !

Toutes ces qualités contradictoires éclatèrent au grand jour, lorsque l'émission de télévision fut enregistrée. Pendant les préliminaires, il lui fallut un certain temps pour être vraiment à l'aise. Il n'y avait pas beaucoup de méthode dans la façon d'agir des gens du studio. Il se comportait comme dans un rêve, en véritable poète, comme s'il avait été très dépaysé par tout l'équipement moderne. Mais, soudain, il sut parfaitement ce qu'il voulait. Il était si sûr de lui-même qu'à un moment – lorsque les projecteurs n'étaient pas réglés comme il l'avait demandé – on put entendre quelques mots bien sentis, Il ne faut pas en déduire pour cela que l'atmosphère du studio en devint moins aimable. Un artiste sensible et émotif comme Béart a besoin, de temps à autre, de se laisser aller. Dès que les choses furent arrangées, il retrouva sa gentillesse et son charme d'avant.

L'art de la chanson a toujours intrigué Béart et il a développé sa propre philosophie autour de ce sujet. Il est faux dit-il, de s'adresser à dix personnes. Il faut s'adresser à un ami, à une femme ou seulement à vous-même. Ce n'est que de cette façon que vous pouvez atteindre dix millions de personnes.